Dans A Simple Favor, Blake Lively n'apparaît jamais simplement bien habillée. Elle apparaît comme quelqu'un qui a déjà décidé de la place qu'elle occupe.
Dans A Simple Favor, Blake Lively apparaît à l’écran dans des costumes trois-pièces, des pantalons larges, des vestes
structurées, des cravates et des silhouettes inspirées du vestiaire masculin. Emily Nelson ne s’habille pas pour se fondre dans le décor. Elle s’habille pour imposer sa présence.
Et ce choix n’est pas simplement esthétique. Derrière cette silhouette devenue emblématique se trouve le travail de la costumière Renée Ehrlich Kalfus, qui a construit le vestiaire d’Emily comme une véritable extension de son caractère.
Construire un personnage par le vêtement
Renée Ehrlich Kalfus est une costumière américaine qui compte aujourd’hui plus de 34 longs-métrages à son actif. Elle a notamment travaillé sur Chocolat, The Cider House Rules et Hidden Figures, pour lequel elle a remporté un Costume Designers Guild Award. Son parcours est marqué par une formation en beaux-arts et une approche très visuelle du costume : après avoir lu un scénario, elle travaille à partir de l’histoire et des personnages, construit des moodboards, puis imagine une garde-robe qui donne vie à chacun d’eux. Elle se définit elle-même comme une conteuse, une créatrice qui façonne les personnages à travers ses costumes.
Pour A Simple Favor, elle a travaillé étroitement avec Blake Lively et le réalisateur Paul Feig. L’actrice voulait s’inspirer du style très reconnaissable de Feig, qui porte lui-même presque quotidiennement des costumes trois-pièces. Cette collaboration a donné naissance à l’esthétique très particulière d’Emily : sophistiquée, masculine, sensuelle et volontairement intimidante.
Kalfus explique que lorsqu’une personne possède une manière très distinctive de s’habiller, cela peut répondre à un besoin de se protéger, de se dissimuler ou d’affirmer une image. Pour Emily, ces dimensions se rencontrent.
Le costume comme armure
Kalfus décrit elle-même le costume d’Emily comme une armure : un style intrinsèquement intimidant et puissant. Cette idée est essentielle pour comprendre le personnage.
Emily porte des vêtements qui construisent une barrière autour d’elle. Les vestes sont structurées, les épaules dessinées, les pantalons créent une silhouette longue et droite. Le costume occupe l’espace avant même qu’Emily ne prononce un mot. Son apparence lui donne de l’autorité, crée de la distance, impose du contrôle. Elle paraît sophistiquée, inaccessible et difficile à impressionner.
Pourquoi le vestiaire masculin ?
Pour construire cette impression de puissance, Kalfus va chercher des références dans l’histoire du vêtement et du cinéma. Le costume masculin possède depuis longtemps une symbolique particulière : pouvoir, réussite, leadership, influence. Une association historique entre le costume et les positions d’autorité, longtemps occupées majoritairement par les hommes.
Kalfus reprend ces codes et les transpose sur Blake Lively : costume trois-pièces, pantalon, veste, cravate, chapeau, chaussures masculines. Les références viennent des femmes en costume des années 1930 et 1940, mais aussi de figures comme Katharine Hepburn et Lauren Bacall. Chez ces femmes, le pantalon, la chemise et la veste ne suppriment pas la féminité. Ils permettent au contraire de construire une autre forme de présence.
C’est ce que Kalfus recherche pour Emily. Elle ne féminise pas le costume pour l’adoucir. Elle le conserve dans ses codes les plus masculins et le fait porter par Blake Lively avec une assurance presque provocante. Emily ne s’approprie pas le costume pour ressembler à un homme : elle s’approprie les symboles du pouvoir qui lui sont associés.
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Une silhouette pensée pour intimider
Dès la première apparition d’Emily, cette intention est visible. Elle sort de sa voiture dans un costume trois-pièces bleu marine à fines rayures, un fedora et des talons, alors qu’il pleut et que les autres parents attendent leurs enfants dans un environnement beaucoup plus ordinaire. Le costume provient des archives Ralph Lauren, puis a été largement ajusté pour Blake Lively, faute de temps pour le fabriquer entièrement sur mesure.
Ce qui frappe immédiatement, c’est le contraste. Emily est habillée comme si elle sortait d’un film noir des années 1940 alors qu’elle vient simplement chercher son fils à l’école. Le choix n’est pas seulement celui d’un vêtement élégant : il fait comprendre immédiatement qu’Emily n’est pas comme les autres.
Elle ne s’adapte pas au décor. C’est le décor qui semble soudain trop ordinaire pour elle.
Mannequin, Ny Girl
Fondatrice Rhode
Masculine dans les codes, féminine dans l'effet
Le personnage ne devient pourtant jamais complètement masculin. C’est justement là que le travail de Kalfus devient intéressant. Les costumes sont masculins dans leur construction, mais ils sont portés par Blake Lively avec une sensualité très assumée.
Le costume trois-pièces peut être associé à une peau largement dévoilée. Une veste très structurée peut être accompagnée de talons. Un pantalon masculin peut habiller une silhouette qui reste profondément féminine. Le vêtement couvre le corps tout en attirant l’attention sur lui.
Cette contradiction est essentielle. Emily ne renonce pas à sa féminité pour gagner en autorité. Elle refuse simplement l’idée que féminité et pouvoir doivent s’opposer. Elle peut être sexy et intimidante, féminine et autoritaire, sophistiquée et menaçante. C’est précisément cette tension qui rend son style aussi magnétique.
L'image comme outil de perception
Emily travaille dans les relations publiques de la mode. Elle évolue dans un univers où l’image fait partie du métier. Elle sait que l’apparence crée une perception, et son propre style fonctionne presque comme une identité visuelle. On reconnaît immédiatement Emily. Son costume, sa silhouette et sa manière de porter les vêtements participent tous à la même impression. Elle ne s’habille jamais simplement : elle construit une image.
Emily veut être perçue comme puissante, indépendante, sophistiquée, intelligente, inaccessible et difficile à impressionner. Son vêtement participe directement à cette perception.
Être inoubliable plutôt qu'appropriée
C’est peut-être ce qui définit le mieux le style d’Emily. Elle ne cherche jamais à être simplement bien habillée : elle cherche à être remarquable. Le smoking porté dans un parc pour enfants en est l’exemple le plus évident. Blake Lively apparaît dans une silhouette qui semble appartenir à un tout autre contexte, et c’est justement ce décalage qui donne au personnage autant de présence.
Emily semble tellement sûre de son statut qu’elle n’a pas besoin d’adapter son apparence à son environnement. Elle peut être trop habillée, théâtrale, intimidante, attirer tous les regards. Et elle ne semble jamais s’en excuser.
Le vêtement ne raconte pas seulement qui elle est
C’est finalement ce qui rend le style d’Emily si intéressant. Ses vêtements ne servent pas uniquement à montrer qui elle est : ils montrent qui elle veut être aux yeux des autres. Le costume devient une armure. Le vestiaire masculin devient un symbole d’autorité. La structure crée de la distance. La sensualité rappelle qu’elle maîtrise aussi son pouvoir de séduction. Et l’ensemble construit une image parfaitement reconnaissable.
Le costume d’Emily n’est donc jamais neutre. Il protège, il impose, il attire, il éloigne, il intrigue, il contrôle. Il fait une partie du travail à sa place. C’est ce qui rend le travail de Renée Ehrlich Kalfus si remarquable : elle n’a pas simplement créé une garde-robe élégante pour Blake Lively, elle a créé un langage visuel capable de raconter Emily avant même que le scénario ne révèle qui elle est.
Et peut-être que c’est précisément là que réside toute la puissance du vêtement. On ne s’habille pas seulement pour montrer qui l’on est. On peut aussi s’habiller pour montrer ce que l’on veut faire ressentir.
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